Caspers alias Loupii
1m48
Gris truité
Mai 1996.
1m48
Gris truité
Mai 1996.
Et un jour mes yeux se sont posés sur toi. Tu avais attiré mon attention. Ta longue brosse qui pendait à moitié, ton corps recouvert de petites taches et ton gros ventre. Tout cela m'avait interpellé. Ta petite taille me rassurait, moi qui n'avait jamais monté que des poneys. Je crois que c'est d'ailleurs pour cette raison qu'une semaine plus tard je me suis retrouvée sur ton dos. C'était une séance merveilleuse. Après être redescendue, je me souviens m'être dit "C'est lui !". Et puis voilà, je te prends en quart, tout se passe merveilleusement bien. Jusqu'au jour où. On fait une sortie aux Corbins pour tous les nouveaux chevaux. Et comme tu n'es encore jamais sorti en extérieur avec le club, je t'y emmène. La première fois que je tombe de toi. Pour moi ce nétait rien, juste une petite chute insignifiante, mais elle a bien failli nous coûter notre histoire, étant la première d'une longue série. Parce qu'après ça, tu n'arrêtais pas de te pointer derrière les barres. Impossible pour moi de te contrôler, je tombais à chaque fois. Cela devient insupportable pour ma mère, qui insiste auprès de Sandrine pour me faire changer de cheval. Mais je ne veux pas, non, impossible ! Je finis par céder sous la pression, et me retrouve sur le bon vieux Satyre pendant un mois. Après un seul concours avec lui, c'en est trop, je veux retrouver mon petit cheval. Et puis soudainement, tout va mieux. Je tombe moins, on s'améliore tous les deux, ensembles. Ca se passe de mieux en mieux en concours. Après deux ans et demi, ça paye enfin. On s'en sort classés à chaque fois, tout va pour le mieux. Je me rappelle de ce que je ressentais. Je me rappelle ce que j'ai écrit sur mon petit carnet vert. Je te voulais, à moi, et uniquement à moi, je ne supportais plus l'idée de te partager avec tant d'autres. Ton changement d'attitude a fait que tu étais pris dans les reprises débutants. Ca me rendait folle ! Et puis il y avait aussi Margaux, qui te montait autant que moi, et qui t'aimait peut être autant, mais pas de la même façon. Je savais que tu m'étais destiné. C'était toi, et pas un autre! Je n'imaginais plus ma vie sans ta petite bouille. Et puis arrive ce jeudi 12 Mai 2005. Ou elle vient me narguer, parce qu'elle compte te monter en E1 le dimanche à Roissy ! Impossible. En rentrant chez moi, je pique une crise et fonds en larmes, elle va te bousiller, et tout gâcher. Je surprends une conversation qui me mets la puce à l'oreille et me redonne espoir. Le lendemain, nous sommes Vendredi 13, et un très bon pressentiment m'envahit pour la journée. Arrive le soir, et l'heure de ma reprise de dressage, qui se passe merveilleusement bien. Au moment de mette pied à terre, j'aperçois mes deux parents qui arrivent, chose étrange puisqu'ils ne viennent que très rarement me voir monter en cours, et encore moins tous les deux ! Je les interpelle, mais ils me disent qu'ils doivent aller voir Béatrice et Sandrine. A partir de cet instant, je crois que je mon sang est resté figé dans mes veines. Je t'ai ramené dans ton box, t'ai brossé, sans même me rendre compte de ce que je faisais. J'avais peur, terriblement peur de la déception. Je me souveins de Marina qui était là, à côté, et qui m'encourageait. Et puis j'ai une image qui me hante. Moi rangeant mon tapis dans la sellerie des quarts, et ma mère et Béa qui arrivent, un grand sourire scotché sur les lèvres. Les mots de ma mère que je n'oublierais jamais : "On t'as acheté Loulou." . Ma course dans le club pour l'annoncer à tout le monde, et surtout à elle*, qui ne pourrait donc pas t'avoir le dimanche ! Je me rappelle très bien avoir pleuré de joie dans les bras de ma mère. Je me rappelle très bien avec quelle satisfaction j'ai effacé ton nom de ce tableau. Je me rappelle très bien comme je t'ai serré fort. Et depuis ce jour, l'amour que je te porte n'a cessé de grandir. Depuis ce jour, un bonheur perpétuel m'a accompagnée, partout où je suis allée. Et c'était toi ce bonheur. Ne plus te partager, enfin. Vivre enfin cette complicité, t'apprendre par coeur, te deviner à chaque moment. Tu m'es devenu essentiel, tu fais partie de moi. Tu ES moi. On en a traversé des épreuves, mais on a tout surmonté, et aujourd'hui on est plus forts et plus heureux que jamais. Je t'aime petit cheval, merci pour tout ce bonheur que tu m'apportes, tout cet amour, et toute cette joie de vivre. Tu es un insupportable petit chieur essentiel à ma vie, et je t'aime plus que n'importe quoi, plus que n'importe qui. Je crois que sans toi, jamais plus je ne pourrais être moi. Encore une fois, je t'aime, plus que ma vie même.
